La pêche durable, c’est possible ? Sous la coque des bateaux MSC

By 25 juillet 2019Blog, Labels, Produits

Qu’ils soient sauvages ou d’élevage, les produits de la mer ont la cote. Mais avec une consommation mondiale en constante augmentation, ces produits doivent être choisis minutieusement. Car actuellement, plus de 30% des stocks de poissons sauvages sont surexploités. Cela signifie que les populations de ces espèces ont déjà subi un prélèvement supérieur à leur capacité de se reproduire. En mer Méditerranée, c’est même plus de 90% des stocks qui sont complètement surexploités !  En plus de la surpêche, la technique de pêche joue aussi un rôle important sur la préservation des écosystèmes marins ainsi que sur le volume de prises accidentelles (tortues, requins, etc.).

Mais voilà, comment savoir ce qu’il se passe sur les bateaux de pêche ? En plus de souvent venir de bien loin, les poissons que nous consommons sont souvent décortiqués, coupés, panés, et passent entre de nombreuses mains bien avant de passer nos frontières. En termes de traçabilité, il devient bien difficile d’avoir accès à la provenance, la taille du poisson, la technique de pêche… Et de savoir si le poisson que nous mangeons contribue ou non au pillage des océans.

Le label MSC : de nombreux critères pointus et élaborés

Comme les législations actuelles sont très peu strictes en ce qui concerne l’exploitation raisonnable et la protection des mers ainsi que l’étiquetage des produits finis, nous devons nous en remettre aux labels qui vont plus loin. Actuellement, il n’y a que deux principaux labels pour la pêche sauvage commerciale reconnus internationalement : Friend of the Sea et  MSC (Marine Stewardship Council). Cependant, le label MSC est le seul des deux programmes à avoir une approche aussi holistique et des directives complètes, fruit d’une collaboration entre 300 scientifiques, académiciens et experts du monde entier. Le cahier  des charges est structuré selon trois grands principes :

  • La durabilité du stock de poisson
  • Les impacts sur les écosystèmes
  • Un management efficient et durable de la pêcherie

Ces principes sont ensuite divisés en 9 composantes, chacune comprenant 1-4 indicateurs de performance qui eux-mêmes comprennent 1-6 critères. Le tout est décrit avec précision dans leur document robuste de plus de 200 pages. De plus, ce cahier des charges et complété par un autre qui concerne la « Chaîne de Garantie d’Origine », afin de tracer les produits de la pêcherie jusqu’à l’assiette, en certifiant chaque étape (pêche, transport, distribution, vente, etc.).

Le label MSC est-il fiable ?

Issu d’une organisation non gouvernementale (ONG) créé en 1992, le label MSC est aujourd’hui disponible pour plus de 25’000 produits dans plus de 100 pays, et cela le plus souvent sans surcoût pour l’acheteur. Il permet d’identifier les pêcheries qui s’engagent à respecter le contenu du cahier des charges MSC. Pour renforcer l’indépendance et la fiabilité du label, les organismes de certification doivent être indépendants et accrédités par Accreditation Services International.

Bien qu’imparfait, le label MSC est à l’heure actuelle souvent la seule information disponible pour le consommateur au moment de choisir entre les divers poissons des étalages. Si ce label n’existait pas, le secteur de la pêche sauvage industrielle serait encore plus opaque qu’aujourd’hui et le consommateur n’aurait aucune chance d’obtenir une quelconque indication sur les techniques de pêche utilisées, la considération de l’état des stocks et de la taille minimale des poissons pêchés, l’évitement de prises accidentelles, etc.

La fraude existe cependant et des cas sont parfois rapportés, mais l’ONG met beaucoup de moyens en œuvre afin de la limiter. Bien que le label MSC soit remis en question par divers acteurs, un produit portant un écolabel n’est généralement pas pire qu’un produit sans label. Comme mentionné par le WWF, même les scientifiques qui critiquent le label MSC reconnaissent que la consommation d’un poisson certifié est largement préférable à un poisson qui ne l’est pas (lire la position du WWF).

Par ailleurs, acheter un produit MSC c’est aussi soutenir une ONG qui fait de son mieux pour la protection des océans ! Et contribuer à faire croître la demande envers du poisson issu d’une filière durable, pour globalement permettre à l’ONG de se développer davantage afin d’assurer ses nombreuses missions. En choisissant un poisson labellisé MSC, nous faisons avancer la filière d’une pêche durable plutôt qu’une filière de poissons non-labellisés, qui par conséquent ne communique aucune information et dont on ne sait même pas si ces derniers ont défini des objectifs de durabilité. Le WWF relève d’ailleurs que durant ces 20 dernières années, les actions de l’ONG ont permis une nette amélioration du secteur de la pêche industrielle en ce qui concerne les aspects environnementaux et socio-économiques (source).

Des produits labellisés MSC sans surcoût pour l’acheteur

Afin de pouvoir assurer la continuité de ses missions, le label MSC reçoit 0.5% du prix de vente HT de chaque produit portant le logo bleu. Ceci est un montant considérable sur la totalité des ventes de tous les produits certifiés mais un coût minime par produit certifié,  ce qui explique la très faible ou parfois même inexistante différence de prix entre un produit labellisé MSC et un produit non labellisé.

En résumé, pourquoi acheter un poisson MSC plutôt qu’un poisson sans label ?

  1. C’est actuellement le label le plus sévère et le mieux établit qui existe en ce qui concerne la pêche sauvage commerciale internationale
  2. La pêche sans label est généralement pire qu’avec label
  3. On soutient une ONG crédible qui fait de son mieux pour les océans
  4. La différence de prix pour le consommateur est faible ou inexistante

Une consommation de poisson responsable, ça implique quoi ?

Bien que le label MSC soit impérativement à privilégier lors de l’achat de poisson sauvage, les ressources halieutiques (ressources de la mer) sont considérablement mises sous pression à cause de la surpêche, de la pollution des écosystèmes et du réchauffement climatique. Cela signifie qu’idéalement, nous devrions donc:

  1. Consommer du poisson issu de pêche sauvage de manière modérée
  2. Préférer une espèce disponible en élevage labellisé Bio Bourgeon
  3. Privilégier le poisson des lacs suisses (car la pêche y est réglementée de manière rigoureuse)
  4. Privilégier le poisson sauvage labellisé MSC
  5. Privilégier les espèces non menacées de disparition en se référant au guide du WWF en ligne ou à son application téléchargeable
  6. Eviter le gaspillage du poisson acheté… afin de ne pas gaspiller toutes les ressources nécessaires pour le produire !

Pour aller plus loin :

  • Guide des espèces de Seaweb
  • Conso guide du WWF
  • Poissons d’élevage : le label Bio Bourgeon
  • Poissons d’élevage : le label ASC (Aquaculture Stewardship Council)